Casablanca, printemps 2017...

Nichée au coeur de la ville : 

Une toute petite école informelle pour les enfants d'un bidonville voisin. Crée quelques années auparavant par l'un de ses résidents, aujourd'hui décédé, dont l'épouse et la fille font office de directrice et d'enseignante. Une école coranique. 

Noble action, pour éviter aux enfants de traîner dans les rues dès leur plus jeune âge.

Mais que dire de tout le reste ? Du programme, des méthodes ?...

De ces petits bouts de choux que je vois devant moi mais dont on prend soin de me répéter que "la plupart d'entre eux n'existent pas."

Je découvre la triste condition des mères célibataires et des enfants illégitimes marocains, privés de tout. D'une identité d'abord et, jusqu'à leur droit d'accès à la scolarisation.  Malgré la réforme de la Moudawwana (code du droit de la famille marocain) datant pourtant de 2004 ? Ma question dérange. Je comprends qu' issues des milieux les plus défavorisés, illettrées, (parfois volontiers maintenues dans l'ignorance), ces femmes ne peuvent pas seules entamer des démarches administratives. Certes mais ne pourrait-on les y aider ?  Ma question agace.

Que dire également de ce propriétaire peu scrupuleux abritant cette petite école dans une dépendance de sa villa Casablancaise ? Trois pièces ridicules, sans électricité, sans chauffage, louées à prix d'or. Repeintes et équipées à la va-vite puis agrémentées d'un robinet d'eau en extérieur et d'une toilette à la turque, grâce à des fonds quémandés par la directrice de l'école.

...automne 2017,

Une aventure aussi émouvante que déroutante. Même si l'intervention du collectif de bénévoles dont je fais alors partie,  est de courte durée. Notre entrain et notre application à vouloir bien faire les choses ne sont pas appréciés. Volontairement mal interprétés, jugés intrusifs. On nous évince.

C'est que cette école est chapeautée par une association sans objectif clairement établi, à la motivation on ne peut plus floue. Et si elle se donnait les moyens d'aider les mères à avancer, les enfants à recevoir des soins etc ? Par l'intermédiaire de judicieux partenariats par exemple ? Mon insistance à suggérer d'apprendre à pêcher plutôt que de jeter du poisson, (d'autant sans aucun assaisonnement mais en prenant justement bien soin de s'approprier la couronne de laurier) dérange vraiment ! 

Même avec du recul...

 

La simple évocation du manque de sérieux et de l'arrogance de ses responsables en mal d'égo ravive instantanément ma colère. Il reste malgré tout, le bonheur d'avoir pu offrir au moins un peu de futilité à ces bambins qui méritaient pourtant bien davantage. A commencer par le droit d'exister !

Ici, pas de carnet d'école bien sûr. Juste des jeux. Du modelage, du découpage, du collage. Des masques de papier pour apprendre à rêver....

Puis, des rubans et des cerceaux pour élargir l'horizon !  Pour s'envoler par dessus les  toits de tôle ondulée. Pour avoir le droit de ne plus être un inconnu mais reconnu comme un enfant !